Chicago Sun Times - Ralf Hütter - August 2003
(French Version)
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Chicago Sun Times: J'ai cru comprendre que l'album est numéro 1 en Allemagne. Félicitations.
Ralf Hütter: Oui, c'est amusant. Au tour de France, on appelle cela :le maillot jaune.
Chicago Sun Times: Et vous n'allez pas tomber de la bicyclette!
Ralf Hütter: (rires) Non, comme vous devez le savoir, nous pratiquons beaucoup pour garder la forme.
Chicago Sun Times: Je sais que vous êtes un inconditionnel du cyclisme. Je suis curieux de connaître les connections entre le nouvel album et le titre original "Tour de France" de 1983. Qu'est-ce qui vous a poussé à y revenir pour trouver l'inspiration?
Ralf Hütter: Il y a 20 ans de cela, en 1983, mon ami Florian Schneider et moi même avions le script complet pour cet album. Le concept était là, et nous commencions à travailler dessus. Nous avons terminé le single, puis nous nous sommes tournés vers d'autres projets. Après tout ce temps, le script était toujours là, comme s'il était resté en sommeil, mais nous sommes effectivement partis vers d'autres projets. Puis l'année dernière, tout ceci a resurgi lorsque nous avons effectué nos concerts à Paris, pour la première fois avec le tout nouveau Kraftwerk mis à jour.
Chicago Sun Times: J'ai vu Kraftwerk, ici, au Riviera Théâtre il y a quelques années, et c'était la plus étonnante performance que j'ai été amené à voir. Qu'est-ce qui a changé?
Ralf Hütter: C'était en 1998, lorsque nous avons transporté le Kling Klang Studio. C'était une infrastructure pour concert très lourde. Nous avions tout transposé au format numérique, mais il restait tout de même une partie analogique. Maintenant tout est concentré dans nos laptops.
Chicago Sun Times: Wow, cela signifie que le transport est plus facile maintenant.
Ralf Hütter: Oui, nous avons utilisé cette configuration pour la toute première fois à la cité de la Musique de Paris. Nous avons également utilisé des projections d'images sur des écrans, le tout en synchronisation parfaite avec la musique, puis l'idée du Tour de France a resurgi avec le centenaire de la course. C'est aussi le 33ème anniversaire de Kraftwerk (rires). Nous avons donc commencé à travailler là-dessus. Puis durant l'hiver, nous sommes partis en tournée au Japon et en Australie. Enfin, nous venons juste de terminer l'album.
Chicago Sun Times: Doit-on approcher ces nouvelles compositions qui évoquent le cyclisme de la même manière qu'"Autobhan" et son évocation des autoroutes, ou "Trans Europe Express" et le chemin de fer?
Ralf Hütter: Oui, c'est possible, étant donné la manière dont le script est construit, mais il y a aussi d'autres approches possibles. Fondamentalement, le son ne s'apparente à rien du tout (silence). Si vous roulez bien et que votre vélo fonctionne bien, vous n'entendez ni le bruit de la chaîne, ni celui des roues, ni votre propre bruit, si vous êtes en bonne forme : tout se passe en douceur. C'est l'une des raisons pour laquelle nous aimons tant le cyclisme : sortir du studio et oublier les sons musicaux. Le silence complet nous apporte de l'espace pour la concentration et l'imagination. En travaillant sur cet album, nous avons essayé d'incorporer ces sensations de douceur, de glisse, de roulement. Tel est le son du nouvel album.
Chicago Sun Times: Vous pouvez également sentir le vent sur votre visage.
Ralf Hütter: Oui! Le souffle et quelque chose comme un bourdonnement, un ronflement. En Allemagne, cela s'appelle "fleischentonal", espace, ambiances sonores, bruits très ouverts et larges. Nous avons essayé de travailler dans cet esprit.
Chicago Sun Times: Les voix ont évolué sur cet album. Elles subissent plus de transformations...
Ralf Hütter: J'ai toujours eu l'habitude de faire la voix, la voix humaine, le discours, en Allemand, cela s'appelle "sprechsingen". Je ne connais pas le mot anglais, c'est comme une forme de Rap. cela a commencé avec Autobahn "Fahr'n, fahr'n, fahr'n on der Autobahn", puis avec "Trans Europe Express", et enfin avec l'incorporation de différentes voix électroniques, synthétiques. Mon ami Florian est bien évidemment un grand spécialiste pour créer le chant à l'aide de machines. Certaines machines ont été créées spécialement pour lui. Il est également très doué pour obliger les ingénieurs des sociétés d'informatique à travailler durant de longues nuits pour développer des systèmes de synthèse vocale. Ainsi, nous employons beaucoup de voix synthétiques avec toutes sortes d'intonations.
Chicago Sun Times: J'ai oublié votre voix, mais j'aime la façon dont vous chantez.
Ralf Hütter: Oui, mais je ne suis pas inactif sur "Tour de France". Sur "Elektro Kardiogramm", la voix provient d'un ordinateur que je déclenche. Sur "Titanium", c'est davantage mon discours.
Chicago Sun Times: Vous avez mentionné le rôle de Florian dans le développement de l'électronique. Vous travaillez ensemble depuis 1968. Qu'y-a-t-il de si spécial dans cette collaboration?
Ralf Hütter: Bon, c'est comme un mariage électronique (rires), M. Kling et M. Klang, c'est la stéréo, cela donne à notre musique toute sa dimension. Yin Yang, Kling Klang.
Chicago Sun Times: uVous ne pouvez donc pas imaginer un album de Kraftwerk sans Florian?
Ralf Hütter: Non, non ce n'est pas possible. Kraftwerk est conçu ainsi, c'est la stéréo. Henning Schmitz travaille également avec nous depuis 20 ans. Il vient en tournée avec nous et travaille comme ingénieur musical en studio depuis que nous avons débuté le concept de Tour de France en 1982 ou 1983. Nous avons également une relation sur le long terme avec notre ingénieur informaticien Fritz Hilpert. Il s'est occupé de notre équipement pour la scène, ce que vous avez pu voir à Chicago.
Chicago Sun Times: Oui, mais vos fans, ne perçoivent pas votre groupe actuel de la même manière que celui qui était composé des percussionnistes Wolfgang Flür et Karl Bartos. Peut-être, parce que le nouveau groupe a produit moins de musique au cours de ces vingt dernières années.
Ralf Hütter: Oui, nous avons passé beaucoup de temps à numériser le catalogue des 33 ans d'histoire de Kraftwerk. Mais maintenant, nous sommes prêts et tout fonctionne. Je me rappelle un jour à Tokyo, nous jouions dans une salle gigantesque et il n'y avait aucune source de chaleur, il devait faire 3 degrés Celsius, mais tout fonctionnait parfaitement. A Melbourne, en Australie, il faisait environ 50 degrés, et là aussi tout fonctionnait parfaitement.
Chicago Sun Times: J'ai également eu l'occasion de jouer du Mini-Moog, et ce qui est stupéfiant, c'est la capacité qu'à l'instrument d'étonner celui qui s'en sert. Ces vieux synthétiseurs analogiques ne vous manquent-ils pas?
Ralf Hütter: Oui, nous les avons utilisés également! Tous les instruments qui nous ont servi pour Kraftwerk, sont disposés au quatre coin de notre studio, disponibles et en état de marche. Nous les utilisons encore lorsque cela est artistiquement approprié. Nous travaillons sur le son de la bicyclette, sur le son de cœur humain, le souffle.
Chicago Sun Times: J'ai toujours été curieux au sujet des racines de Kraftwerk, en pleine explosion psychédélique de la fin des années 60. Kraftwerk a pris part à ce que l'on appelle le mouvement "Krautrock", les groupes psychédéliques allemands qui utilisaient le studio comme instrument de musique, pour créer des compositions qui n'existaient alors, que dans l'imaginaire des auditeurs.
Ralf Hütter: Je n'ai jamais employé ce terme Krautrock, le mot a été inventé par la presse anglaise et n'a jamais été utilisé en Allemagne. En Allemagne, on parlait de "Kosmische Musik". La musique de Kraftwerk s'apparentait plus, au bruit industriel de la région Rhein-Ruhr. Imaginez qu'à la fin des années 60, nous n'avions pas la possibilité de nous produire sur scène. Nous avons donc été naturellement attirés par le monde de l'art, les happenings ou nous utilisions les projections d'images, de lumières et autres effets. Le but était la combinaison et la fusion de tous les arts, le mot allemand est "Gesamtkunst". Depuis les débuts de Kraftwerk, l'imagination et la stimulation ne nous ont jamais quittés. Nous avons créé des visuels, de petites bandes dessinées, nous avons préparé des projections, nous avons travaillé sur les lumières, les harmonies, nous construisons les blocs qui reçoivent les enceintes. Tout ce qui compose Kraftwerk est une partie de notre création.
Chicago Sun Times: Cela demande-t-il beaucoup d'effort de créer une entité complète, un monde si singulier?
Ralf Hütter: Oui! Et je pense que rien n'a réellement changé aujourd'hui. Nous avons plus d'outils, bien sûr, avec l'infographie et la synchronisation. L'équipement s'est développé dans les bonnes directions, ainsi nous sommes très, très heureux. C'est toujours amusant d'obtenir de nouveaux jouets, mais nous gardons également certaines vieilleries, nous aimons particulièrement accorder les moteurs, les oscillateurs et trouver les mouvements robotiques. Les bruits sont alors générés par l'ordinateur.
Chicago Sun Times: Quand vous avez exécuté "Pocket Calculator" vers la fin du concert dont je vous parlais à Chicago, vous êtes venus danser au devant de la scène et Florian souriait largement. L'image de Kraftwerk a toujours été très austère, mais je veux bien être damné si vous n'éprouviez pas réellement du plaisir à ce moment.
Ralf Hütter: Bien sûr, nous appelons cela l'humour noir. Il y a toujours une partie d'humour en toute chose. Mais en parallèle, nous pouvons faire notre travail sérieusement et juste esquisser un petit sourire.
Chicago Sun Times: Eprouvez-vous toujours le même plaisir à jouer de la musique que lorsque vous aviez 20 ans?
Ralf Hütter: Absolument, absolument! (rires) Nos concerts à Chicago ou à Detroit ont été de grandes expériences, vraiment stupéfiantes. Particulièrement vis-à-vis du contexte culturel de Chicago avec la House musique et à Detroit avec la Techno. C'était comme un rêve.
Chicago Sun Times: Pour une génération entière de jeunes musiciens électroniques, Kraftwerk demeure plus influent que les Beatles. Est-ce un lourd fardeau à porter?
Ralf Hütter: Non, pas vraiment, ils nous donnent toute l'énergie et l'encouragement pour continuer à aller de l'avant. Nous avons commencé à la fin des années 60, mais nous regardons toujours vers l'avenir. Quand nous voyons parmi notre public, des jeunes gens accrocs d'ordinateur, des professeurs d'électronique ou de physique à l'université, nous sommes très, très heureux.
Interview to Jim Derogatis
Translation to french by Kraftwerk On Line - France


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Updated: January 28, 2011